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Trois ans après son dernier match en équipe de France, Geoffrey Kondogbia a porté les couleurs de la République centrafricaine, le pays de ses parents, pour la première fois, lors d’une défaite 4-0 en Côte d’Ivoire. Pour rfi.fr, le milieu de terrain, âgé de 25 ans, explique enfin ce choix de carrière qui a surpris.

Geoffrey Kondogbia, que ressentez-vous avant de disputer votre premier match, ici, à Bangui ?
Une grosse fierté ! Mais surtout, surtout, beaucoup d’émotions ! Depuis que je suis arrivé ce matin à Bangui, beaucoup d’images défilent dans ma tête. […] Il y a un peu tout et n’importe quoi dans mon esprit : la première fois où je suis venu ici, les endroits où mes parents ont grandi... Je pense aussi à ma grand-mère qui est décédée il y a peu de temps.

La question que tout le monde se pose est de savoir pourquoi vous avez laissé l’équipe de France pour celle de la République centrafricaine.
C’est vrai que je n’en ai jamais parlé. Ce que les gens ne savent pas, c’est que j’ai toujours voulu jouer pour la République centrafricaine. Mon rêve, c’était de jouer pour la Centrafrique. Ce qui n’était pas le cas de mes proches, de mes amis et de membres de ma famille. Ils n’étaient pas d’accord. Je pense que c’était par rapport à ma carrière et à ce que l’équipe de France pouvait apporter. J’ai fait abstraction de mon souhait. J’ai essayé de jouer le jeu en me disant que ‘oui, c’est un plus au niveau de la carrière footballistique'.
Mais, moi, j’ai toujours voulu jouer pour la République centrafricaine. Ce qui m’a, on va dire, "sauvé", c’est la déception de mes proches. Ceux qui étaient contre ma venue en équipe de RCA ont vu que je n’étais plus appelé en équipe de France. Ils m’ont, entre guillemets, laissé partir.
Voilà la raison générale. Mais je veux préciser que ça n’a rien à voir avec ce que je ressens. Je me sens Français et Centrafricain. J’ai juste pensé dès mon plus jeune âge que mon aide serait plus profitable à la République centrafricaine qu’à la France.
C’est comme dans une famille. Quand tu as deux frères, si l’un d’entre eux a besoin d’aide, tu te tournes davantage vers lui. […]

Vous disiez que la RCA avait davantage besoin de vous. N’est-ce pas trop de pression ?
On a tous ce genre de pression, que ce soit au boulot ou au sein d’une famille. Ça fait partie de la vie.
Je vais essayer de me donner au maximum. Je ne promets rien. J’essaie d’apporter mon expérience et mon savoir-faire au niveau du football. Ma mission est simplement d’apporter un plus.


Quelles sont vos ambitions pour cette équipe ?
[…] On a les qualités, je pense, pour se qualifier à la CAN. On sait que c’est difficile. On joue face à de grandes nations qui essaient aussi de se qualifier. On va bosser pour corriger les petites erreurs qui ont pesé lors du match en Côte d’Ivoire.

Avez-vous suffisamment de moyens pour bien vous entraîner et bien vous préparer ? La Fédération a des problèmes avec l’ex-sélectionneur, Jules Accorsi. Des problèmes qui auraient pu conduire à la disqualification de l’équipe nationale des éliminatoires de la CAN 2019.
J’ai pris l’affaire en cours. Je n’étais pas forcément là lorsque toutes ces choses se sont passées… Mais il y a aujourd’hui une nette amélioration en équipe nationale, que ce soit au niveau de l’organisation et des joueurs. Ça donne de l’espoir et du courage. C’est ce dont on a besoin.

La République centrafricaine vit depuis plusieurs années une guerre civile. Ça ne vous a pas dissuadé de venir ?
Bien au contraire. Justement, ça m’a encouragé. Je pense que ce genre de situation permet d’être plus soudés entre Centrafricains. Ça donne encore plus envie d’aider la RCA.

Quel regard jetez-vous sur le pays et son évolution ?
Le pays a connu pas mal de tristesse et de difficultés, ces dernières années. Mais je ne viens que deux fois par an et je n’ai aucune notion politique. Moi, je fais du sport. J’ai toutefois l’impression que les choses se calment petit à petit et qu’il y a de l’amélioration. Ça amène de l’espoir à tous les Centrafricains.

Vous avez ouvert une association ici, Kishan. Pouvez-vous nous en parler ?
[…] Dès que j’ai eu un fils, j’ai réalisé l’importance d’aider les enfants. Donc, on a créé cette association avec des membres de ma famille. La première chose qu’on essaie de faire, c’est de restructurer des écoles. On l’a ailleurs fait avec une première école, il y a quelques jours. On a fourni toutes les fournitures scolaires pour les élèves. On a fait construire des salles, des bancs, des tableaux, des sanitaires. Tout ça pour que les enfants puissent étudier dans de bonnes conditions.
Voilà ce qu’on essaie de faire, petit à petit. Et pourquoi ne pas développer nos activités dans d’autres choses ? Nous, ce qu’on veut, c’est aider.
RFI

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