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C'est le paradoxe Luis Enrique: icône à Barcelone, honni à Madrid, le nouveau sélectionneur espagnol a pourtant retenu une base de joueurs du Real pour rebâtir la Roja, qui peut atteindre la finale à quatre de Ligue des nations en battant lundi l'Angleterre (18h45 GMT).

Sur la deuxième liste dévoilée par l'ancien entraîneur du Barça (2014-2017) ne figure qu'un seul et unique joueur barcelonais: Sergio Busquets. Contre quatre Madrilènes (Ramos, Nacho, Asensio, Ceballos), sachant qu'Isco, qui se remet d'une appendicite, et Dani Carvajal, blessé, restent incontournables.

Et contre le pays de Galles jeudi (4-1), la Roja a évolué sans aucun joueur du Barça, une première depuis 2015... Il semble presque loin le temps où l'Espagne imposait sa loi à la planète avec un tiers de ses 23 joueurs évoluant au FC Barcelone lors des sacres au Mondial-2010 ou à l'Euro-2012.

"La base de cette sélection est le Real, c'est vrai, mais je ne regarde pas dans quelle équipe jouent les joueurs lorsque je compose mon onze", a tranché Luis Enrique en septembre. "Je ne vois que des maillots rouges, pas des joueurs du Real ou du Barça."


Scénario inattendu

A l'évidence, ce renversement du rapport de force reflète les retraites internationales de la génération dorée barcelonaise (Xavi, Iniesta, Piqué...) et l'avènement d'une nouvelle vague de joueurs formés au Real (Carvajal, Nacho, Lucas Vazquez) ou recrutés dans leurs jeunes années (Isco, Asensio) après avoir été convoités en vain par le Barça. Et il semble logique que des joueurs qui viennent d'offrir au Real trois Ligues des champions d'affilée brillent aussi avec leur sélection.

Mais tout de même: quand on connaît la détestation que suscite au stade Santiago-Bernabeu Luis Enrique, ex-joueur merengue passé à l'ennemi blaugrana en 1996, le scénario d'une sélection dominée par le Real est assez inattendu. Surtout que ses prédécesseurs Vicente del Bosque et Julen Lopetegui s'efforçaient, eux, de maintenir un équilibre entre les deux grands pôles du football espagnol.

Ainsi, qui aurait pu imaginer la décision de se passer de Jordi Alba ? Le latéral barcelonais (29 ans, 66 sélections), qui vient de délivrer trois passes décisives contre Tottenham en Ligue des champions (4-2), était jusque-là indispensable en sélection mais il semble victime de son inimitié avec le nouveau sélectionneur, même si celui-ci s'en défend.

Nouvelle donne

"Je ne prends pas en compte les raisons personnelles, je fais tout sur raisons professionnelles", a dit Luis Enrique la semaine dernière, refusant d'entrer dans la guéguerre Barça-Real. "C'est un débat de comptoir. Moi, je vis davantage à Madrid qu'à Barcelone et personne ne me dit rien. Ce que veulent les gens, c'est que la sélection gagne. Cette histoire n'a rien d'excitant pour moi."

Cette nouvelle donne pourrait avoir des conséquences sur le style pratiqué par la Roja, inspiré pendant des années du jeu de passes à la barcelonaise ("toque", ou "tiki-taka"). Mais les joueurs assurent que les principes, établis par le feu sélectionneur Luis Aragonés lors de l'Euro-2008 victorieux, restent identiques.

"Dans le jeu, la sélection a recommencé à briller, elle essaie d'entretenir la flamme avec un jeu unique et fabuleux, a estimé dimanche le capitaine Sergio Ramos. On retrouve l'esprit victorieux que nous avions auparavant. C'est bon signe, nous sommes sur le bon chemin."

Pour l'instant, la mayonnaise semble prendre autour de la Roja de Luis Enrique, qui a remporté ses deux premiers matches de Ligue des nations (2-1 en Angleterre, 6-0 contre la Croatie) en septembre puis déroulé jeudi en amical au pays de Galles.

Reste à confirmer l'embellie à Séville contre les Anglais, sachant qu'une nouvelle victoire lundi au stade Benito-Villamarin qualifiera la Roja pour la finale à quatre de cette première édition de la Ligue des nations. Ce qui serait un bel aboutissement collectif, au-delà de la sempiternelle rivalité Barcelone-Madrid.
AFP

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